OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 Chronique d’un leak annoncé http://owni.fr/2012/09/25/facebook-bug-leak-annonce/ http://owni.fr/2012/09/25/facebook-bug-leak-annonce/#comments Tue, 25 Sep 2012 16:09:59 +0000 Nicolas Patte http://owni.fr/?p=120908

The Labyrinth of memory - photo by-nc Mister Kha

“FacebookLeak”, “bug Facebook”, peu importe son nom. La frise chronologique est bouleversée. Facebook n’a jamais eu — semble-t-il — que des détracteurs, mais Facebook a quasiment autant — voire bien davantage — d’utilisateurs. Le caractère intrinsèque de la folie suscitée hier par une information non vérifiée et profondément préemptée est fondamentalement lié à l’anticipation de l’événément par l’imaginaire collectif.

Dans une des plus brillantes pièces du théâtre anglais contemporain, Betrayal, Harold Pinter décrit la relation psychologique entre trois personnages classiques : le mari, la femme, l’amant. Le chef d’oeuvre commence par la fin de l’histoire — elle lui avoue que son époux est au courant de leur relation depuis deux ans — et termine par son origine : l’immoral et répréhensible baiser. Le génie de Pinter est de susciter la tension créée par cette trahison à rebours qui met l’amant dans la situation désepérée du mari en provoquant son hystérie sourde — et un sentiment particulièrement équivoque de bien-être chez le lecteur.

Poke

Ce qui vient de se passer avec la tragédie drôlatique du vrai-faux dysfonctionnement non avéré de Facebook n’est pas une histoire comme les autres. Le processus narratif n’est pas linéaire comme l’appréhension publique et populaire d’un accident industriel ou d’une catastrophe naturelle. Les événements semblent pourtant s’enchaîner dans le même tempo : il se passe quelque chose, la foule s’en empare, l’hystérie prend le dessus, la raison intervient, le questionnement surgit ; il s’est passé quelque chose.

Sauf que la manière dont l’information a rebondi hier ne ressemble en rien à cette manière dosée de furie et de consternation qui jalonne les accidents industriels et les catastrophes naturelles. La palette des sentiments de cette soudaine synesthésie facebookienne a débordé ad absurdum jusqu’au perron des ministères, dont on imagine les plus jeunes membres, le doigt moite, vérifier leur propre timeline tandis qu’ils méditaient sur le genre de communiqué qu’ils pourraient fournir (jusqu’au bout de la nuit) à une presse déjà ras-la-gueule et suffisament étourdie sur le sujet.

Dans un entretien avec Bernard Pivot en 1976, l’ancien publicitaire et romancier René-Victor Pilhes prévoyait :

Le retour à la bestialité est possible dans une société comme la nôtre. En raison de la désorganisation des mentalités, des crises d’hystéries généralisées, tout cela aggravé par les crises économiques.

Parmi les plus vitupérants, les plus exaltés des journalistes sur ce sujet (devenu) excessivement mainstream, d’aucuns ont claqué la langue avec la délectation de ceux qui pourchassent sans répit les conspirationnistes du 11-septembre. Si la comparaison peut paraître excessive, elle ne l’est pas : lorsque Facebook a balancé son laïus illico — repris la bouche en coeur par les purs players de la Vallée — démentant le moindre problème sur Ses éminents serveurs, la corporation s’est scindée au même pas. La famille des “mouais j’ai pourtant moi-même constaté le problème” et celle des “ah on vous l’avait bien dit et d’ailleurs avez-vous des preuves de ce que vous avancez” ont planté le campement. Et s’observent en chiens de faïence depuis.

Hate

Cette exacerbation minitieuse des petites rancoeurs connectées ressemble à s’y méprendre à la continuation d’un vieux flaming démarré la veille sur un mur Facebook. Ou une conversation privée. Bref, on se sait plus. Mais c’est public, et c’est en famille.

Tout le monde sait que Facebook est une passoire en nacre, un anus chaste ouvert sur le monde. Que ses paramètres de confidentialité comportent 1 000 mots de plus que la Constitution française. Que des arnaques pour des iPhone 5 à 69 euros y pullulent. Que les données personnelles qu’on y “efface” restent stockées au fond du Nouveau-Mexique ou ailleurs.

Que toutes les filles ne comprennent pas le truc pour mettre les photos en maillot de bain accessibles uniquement aux très bons amis. On sait que ça va exploser et qu’on va tous le quitter un jour. Que l’histoire va s’arrêter. Que le grand secret de la réussite d’un post-ado génial un peu connard devenu milliardaire sera forcément dévoilé aux yeux rouverts de l’humanité tétanisée par son affection pour une plate-forme qui lui permet d’avoir une vie sociale avec des gens qui n’existent plus vraiment.

Hier la boîte de Pandore a failli s’ouvrir sur une histoire qu’on connaît déjà tous. Nous avons failli être cet amant qui apprend par sa maîtresse que son mari est au courant depuis bien longtemps. Nous avons flirté avec l’hystérie, et avec un infini bien-être. Même joueur, rejoue encore.


Photo CC The Labyrinth of memory [by-nc] Mister Kha

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Guerre et tweet http://owni.fr/2012/07/02/guerre-et-tweet/ http://owni.fr/2012/07/02/guerre-et-tweet/#comments Mon, 02 Jul 2012 15:56:01 +0000 Claire Berthelemy et Pierre Leibovici http://owni.fr/?p=115003 tweet clashes sont pourtant de plus en plus médiatisés. Dans un entretien avec Owni, le chercheur Antonio Casilli identifie le sens caché de ces joutes publiques.]]>

Twitter, un îlot de partage, de pacifisme et de bienfaisance… Cette conception idéale du réseau de micro-blogging semble avoir fait son temps. Car, de plus en plus, le gazouillis s’énerve.

19 mai 2012, Audrey Pulvar interroge Harlem Désir sur le plateau de l’émission de France 2 On n’est pas couché. Le journaliste Jean Quatremer lance alors une courte joute verbale sur Twitter :

Clairement mise en cause, Audrey Pulvar réagit. S’entame alors une guerre entre les deux twittos, sous les yeux de leurs quelques milliers de followers.

Autre exemple ce lundi 2 juillet, et dans un autre registre, avec les journalistes Denis Brogniart et Pierre Ménès. Les deux hommes s’affrontaient sur l’annonce du départ de Laurent Blanc de son poste de sélectionneur des joueurs de l’équipe de France après une provocation de Pierre Ménès:

Le débat est suivi par des milliers d’internautes qui défendent tour à tour l’un ou l’autre des protagonistes. Bienvenue dans l’ère du tweet clash ! Un phénomène qui voit s’affronter deux abonnés sur Twitter en seulement quelques minutes et, conformément à la règle, pas plus de 140 caractères. Un phénomène, aussi, qui mélange les codes ancestraux de la conflictualité humaine à ceux du réseau des réseaux. Un phénomène, surtout, qui n’a jamais eu droit à une analyse sociologique. Antonio Casilli, maître de conférence à l’Institut Mines Telecom et chercheur à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), déchiffre le phénomène. Interview pacifique.

Est-ce que tout est nouveau dans le tweet clash ?

Pas tout à fait. D’après moi, le tweet clash s’inscrit dans la continuité de ces formes de conflictualité en ligne que l’on connait depuis les années 1990. A une époque, on les appelait les “flame wars”, ces batailles entre internautes sur des vieux forums de discussion ou sur Usenet. Un utilisateur provoquait un groupe d’autres utilisateurs, qui à leur tour argumentaient par de longues réponses. L’échange pouvait durer des jours, voire plusieurs mois.

J’aurais tendance à dire que les tweet clash sont une sorte de réédition de ces “flame wars”, mais à une cadence beaucoup plus rapide. Et avec beaucoup moins d’asymétrie entre locuteurs, bien sûr. Seulement quelques minutes, parfois quelques secondes, entre deux tweets… Le temps de latence entre le message agressif de celui qui lance l’attaque et la réponse de son interlocuteur se fait bien plus court et la bataille elle-même est plus brève. C’est en cela que le tweet clash est un fait inédit. Sa temporalité est plus dense, plus concentrée.

D’un autre côté, on n’a pas affaire au même public qu’il y a vingt ans…

Exactement ! La question du public est très intéressante, mais je l’élargirais même à celle des acteurs sociaux qui composent le cadre de l’affrontement entre deux personnes sur Twitter.
Le tweetclash est une tragédie grecque où les répliques font à peine 140 caractères. Tous les éléments du genre tragique sont réunis : un protagoniste, un “antagoniste”, un chœur et, enfin, le public. Le chœur, c’est un noyau d’individus qui permettent de comprendre pourquoi deux personnes se disputent, ils donnent les éléments de contexte du tweet clash.

Twitter change le marketing politique

Twitter change le marketing politique

Twitter bouleverse surtout le marché des conseillers en com' politique. Les chercheurs que nous avons rencontrés et qui ...

Le meilleur exemple de contextualisation d’une dispute sur Twitter, c’est le hashtag. Il est avant tout une étiquette posée sur une conversation, un titre qui permet de la décrire et en même d’en agréger les morceaux. Mais il sert aussi pour donner le pouls de la situation ou pour faire des petits apartés sans pour autant interrompre le flux du tweetclash. Exactement comme le chœur des tragédies de Sophocle, les twittos résument, glosent, prennent parti…

Ceci est aussi lié à la taille d’un média généraliste comme Twitter, où le public est bien plus large que du temps des “flame wars”. Et à la structure de son graphe social, qui rappelle un archipel de petits groupes de locuteurs. Malgré la promesse commerciale de “pouvoir poser des questions à n’importe quelle personnalité sans intermédiation”, la grande masse des usagers est davantage en position d’observation. Mais quand les passions humaines se déchaînent le temps d’un tweetclash, ils sortent de cette passivité.

Comment expliquez-vous cette passion des uns pour le conflit avec les autres ?

Et bien justement, c’est un mécanisme qui permet de ne pas être des simples spectateurs. Pendant un affrontement en ligne, les usagers qui composent le public sont animés par l’envie d’être parties prenantes. Parce qu’il ne s’agit pas tant d’un “conflit” mais de “discorde”. La discorde, c’est un moyen de jouer du fait d’être dans l’espace public. Dans la Grèce antique, la discorde était une des forces motrices de la démocratie. Ses manifestations – parfois destructrices – permettaient de faire venir à la surface des tensions et des intérêts qui seraient restés autrement inexprimés. Et, dans la forme idéale de la démocratie athénienne, cette discorde s’harmonisait pour finalement donner une polyphonie politique.

Dans nos démocraties contemporaines, la situation est tout à fait différente : on n’assume pas que quelqu’un puisse être en désaccord avec nous. Tout le jeu politique moderne est basé sur la recherche de consensus et de compromis. De ce point de vue, le tweet clash peut être lu comme la résurgence d’une forme de discorde démocratique ancienne. Ce qu’on cherche avant tout, à travers l’expression des passions politiques et personnelles, c’est à convaincre les autres du bien-fondé de nos positions. Tout cela aboutit donc à une manifestation – du désaccord – qui aide à caractériser les positions parfois trop floues des hommes politiques.

Pour vous, en fait, le tweet clash est une sorte de continuité du débat démocratique sur le réseau ?

Je dirais plutôt que le tweet clash théâtralise un débat démocratique en pleine mutation. Aujourd’hui, le maître-mot est transparence. Et les hommes politiques utilisent le tweet clash comme une occasion pour donner l’impression d’être transparents dans leurs désaccords, et ainsi multiplier leurs chances de se démarquer.

Soyons clairs, Twitter est bien plus passionnant et dramatique, au sens grec du terme, qu’une émission sur La Chaine Parlementaire. Lors d’un tweet clash, on met en scène les passions et on personnalise donc sa position sur tel ou tel enjeu politique. Exemple, Nadine Morano twitte une énorme bêtise et un opposant réagit. Il y a une sorte de déclaration de guerre mais aussi un objectif : celui qui déclare la guerre veut avoir raison. À l’issue de cette guerre, le public et les médias, qui créent une caisse de résonance, vont décider qui des deux avait raison.

Bien sûr, il y a un écho différent entre un clash qui concerne des personnes médiatisées ou publiques et celui qui concerne le citoyen lambda. Pour ces derniers, les échanges restent plus ou moins en ligne le temps nécessaire pour que Twitter se renouvelle et fasse disparaître ces propos. Dans le cas des célébrités, l’issue est autre : par exemple, l’auteur décide de retirer ce qu’il avait dit au départ du clash. Le fait qu’un message soit retiré ou pas est un très bon indicateur de l’issue d’un tweetclash. Le message initial représente le casus belli, l’acte de guerre. Le fait de le retirer équivaut à une forme de reddition. Il signe la défaite.

En même temps, tout le monde n’a pas envie de montrer ses opinions politiques sur le réseau. Est-ce qu’on peut faire des portraits-type de tweetclasheur ?

J’aurais plutôt tendance à classer les individus qui s’adonnent à des tweet clash sur la base des stratégies qu’ils mettent en place. Il ne faut pas croire que le côté passionnel du tweet clash évacue complètement les éléments de rationalité stratégique. Au contraire, ces affrontements sont très raisonnés, moins improvisés qu’on ne le croie. Évidemment, il y a des moments où ça dérape, où l’action échappe aux interlocuteurs, mais on doit tout de suite supposer qu’il y a derrière ce dérapage une intentionnalité et une rationalité de l’acteur.

Dès lors, pour faire une sorte de typologie des tweet clasheurs, il faut s’interroger sur leur réseau personnel respectif, sur leur cercle de connaissances, c’est-à-dire sur leurs followers et ceux qu’ils “followent”.

Les trolls, ou le mythe de l’espace public

Les trolls, ou le mythe de l’espace public

Les trolls, ces héros. Pour le sociologue Antonio Casilli, les fameux perturbateurs de communautés en ligne sont plus que ...

Quelqu’un dont le réseau est très peu développé, qui suit et est suivi par des personnes de son milieu social, ira plutôt chercher le clash avec quelqu’un qu’il ne connaît pas. Dans ce cas, on est plutôt dans une logique de trolling, de l’inconnu qui vient vous déranger avec des propos forcément décalés parce qu’il est traversé par des préoccupations personnelles ou sociales qui sont éloignées des vôtres.

Mais d’autres usagers affichent des comportements, et des structures relationnelles, très différents. Si on regarde le profil d’un homme politique ou d’une personnalité médiatique, on se retrouve face à quelqu’un qui a un réseau forcément très élargi, avec des personnes qu’il ne “maîtrise” pas toujours. Il n’a pas besoin de s’éloigner pour rechercher le clash : ceci aura lieux chez lui, pour ainsi dire, dans son cercle de followers. Ces clashs sont différents, ils sont plutôt des prolongements d’échanges professionnels, à la limite. Mais ils ne sont pas avec des inconnus, ils sont avec des personnes avec qui ils partagent un certain point de vue, un noyau de compétences, de valeurs…

C’est pourquoi, si Audrey Pulvar s’en prend à un journaliste de Libération, le tweet clash aura lieu entre deux personnes qui se connaissent et dont les cercles de connaissances se recoupent. Le tout est basé sur un type de stratégie affichée. Alors que dans le type d’attaque qui se fait entre deux personnes n’appartenant pas à la même sphère ou au même réseau, il y a forcément un élément d’impertinence, de manque de conscience des enjeux de la dispute.

En parlant d’homme ou de femme politique, comment être sûr de l’identité de celui qui prend part à un tweet clash ?

En fait, il faut toujours se poser cette question : “qui parle au travers d’un fil Twitter” ? La question peut paraitre simple. Mais, sur Twitter, on part du principe que malgré le grand nombre de pseudonymes et de noms fantaisistes, les personnes qui parlent sont celles qu’elles disent être.

Les interactions sur Twitter valident l’authenticité de celui qui parle. Même les comptes officiels de certains personnages publics qui sont alimentés par des équipes de comm’, doivent inventer des stratagèmes pour vaincre la méfiance, pour induire une “suspension volontaire de l’incrédulité” des autres usagers. Par exemple, sur le compte du président des Etats-Unis, il est précisé que les tweets signés “BO” sont rédigés par Barack Obama en personne.

Le tweet-clash participe de cet effet d’authenticité au fur et à mesure que l’on s’engage dedans. C’est un outil de validation de l’identité de celui qui twitte. On a la preuve que c’est bien lui qui parle. Sa passion constitue le gage de son identité.

À qui feriez-vous plus confiance : à quelqu’un dont le discours reste toujours figé, ou bien à quelqu’un qui de temps à autre se laisse aller à une saine colère ? Je ne serais pas surpris qu’on révèle, d’ici quelques années, que certains clashs étaient des mises en scène pour valider les identités des propriétaires de leurs comptes Twitter, pour les montrer sous un jour plus humain, plus accessible.


Poster par inju (KevinLim) [CC-byncsa]

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La mauvaise e-Réputation http://owni.fr/2011/11/10/la-mauvaise-ereputation-facebook-twitter/ http://owni.fr/2011/11/10/la-mauvaise-ereputation-facebook-twitter/#comments Thu, 10 Nov 2011 14:43:17 +0000 Sylvain Léauthier http://owni.fr/?p=86465

Cela fait maintenant plusieurs années qu’on nous assène de discours moralisateurs avec ces concepts, à coup de billets de blogs, de conférences, d’ouvrages, de cours…

On nous dit de faire attention aux traces qu’on laisse.
On nous met en garde.
On nous prévient des conséquences à long terme des photos ou tweets que l’on publie aujourd’hui.
On ne doit pas dévoiler sa vie privée.
On nous parle de « personal branding », de e-réputation.
Paraître bien, être « bankable ». Penser à soigner son image, son CV, son pedigree.
Voir mon billet à ce sujet : « Beau sur facebook, intelligent sur twitter »
Être lisse, sans accrocs. Passer pour le gendre parfait, le candidat idéal, toujours, tout le temps.
Ça ne vous fatigue pas ? Moi, si.
Et si vous nous fichiez la paix avec toutes vos mises en garde et vos sermons ?

Personal branding ou obsession narcissique ?

Certes, travailler sur sa marque personnelle (personal branding) est important lorsqu’on recherche un emploi, des opportunités professionnelles ou personnelles.

Mais quand cette attention de soi devient chronique, cela ne génère t-il pas une forme de narcissisme ?

Narcisse était tombé amoureux de son image en contemplant son reflet dans l’eau, aujourd’hui les adeptes du personal branding se contemplent en se googlisant et en suivant au jour le jour leur score Klout (NdE : site permettant d’évaluer son “influence cumulée” à partir de son activité et de son suivi sur les réseaux sociaux).

Il y a à ce sujet un raccourci étrange que beaucoup de « moralisateurs du respect de la vie privée » utilisent : protéger sa vie privée permettrai d’améliorer sa marque, son image.

Ah bon ?

Finalement, ce raccourci se base sur le principe que notre vie privée est gênante, honteuse, dévalorisante.
Sous prétexte d’être attractif sur le web, il faudrait donc se taire, ne rien dire de soi ou de sa vie.

Effectivement, si l’on a un goût prononcé pour les contrefaçons et que l’on a été condamné pour faux et usages de faux, il est préférable de ne pas trop évoquer ce centre d’intérêt sur facebook si l’on est candidat à un poste au service « Carte nationale d’identité » de la Préfecture.

Facebook : un théâtre ou chacun choisit de jouer son rôle

Mais le mythe du candidat que le recruteur n’embauche pas parce qu’il a vu des « photos de beuverie » (j’adore cette expression) sur facebook me fait sourire.
Oui, cela a du arriver. Mais franchement, est-ce là l’essentiel ?

C’est un peu prendre les recruteurs pour des imbéciles que de faire croire qu’une photo de soirée avec une pinte de bière à la main pourrait faire perdre toutes ses chances à un candidat sérieux, qui possède un CV adéquat au profil recherché.

Un recruteur sélectionne sur un CV, par sur une photo de soirée, non ?
Par ailleurs, sur un CV, on décrit un peu de notre vie privée dans la classique partie « centre d’intérêts », pourquoi faire la même chose sur le web serait gênant ?

Quant-à la vie privée, oui, il faut la défendre, la protéger contre les coups de boutoir de facebook et cie, qui l’ébrèchent à chaque mise à jour.

Mais utiliser le terme de « vie privée » sur le médias sociaux est-il toujours pertinent ?

Lorsqu’un autre dévoile une part de ma vie sans mon accord, c’est une atteinte à ma vie privée. Et les outils et les lois doivent nous protéger de cela.

Mais lorsque je publie une photo de moi, que j’écris ce que je suis en train de faire ou ce que je pense, s’agit-il encore de vie privée ?

Non, puisque je fais la démarche de rendre ma vie publique.

Facebook n’est pas un trou de serrure qui nous permet de voir chez les autres à leur insu, c’est une scène de théâtre sur laquelle chacun vient jouer le rôle qu’il a choisi.

Voir mon billet « Facebook flatte le narcissisme et crée l’illusion d’être un people »

Sur les médias sociaux, on ne dévoile pas sa vie privée, on la met en scène.

Finalement, le concept de vie privée tel que nous le connaissons n’est-il pas amené à disparaître, ou en tout cas à être transformé ?

Par ailleurs, quand on parle de médias sociaux, on parle souvent de « partage ».
Quand on partage quelque-chose sur les médias sociaux, on donne un peu de soi aux autres, et on perd aussi quelque-chose (c’est le principe du partage, non ?)

Car on prend toujours un risque en exposant son point de vue ou en parlant de soi.

On se doute qu’on laisse des traces un peu partout.

Le droit à l’insouciance numérique

C’est le revers des médias sociaux ; mais je ne connais aucun outil, processus, système qui ne possède pas d’inconvénients.

Si l’on continue de partager en connaissance de ces risques, cela signifie peut-être que les bénéfices de notre usage sont plus grands que ses risques.

Je n’ai malheureusement pas de chiffres récents à ce sujet, mais j’ai souvent l’impression que beaucoup de moins de 30 ans se foutent souvent de toutes ces questions de vie privée.

Ce qui a le don d’irriter les quadras et quinquas, qui se sentent du coup investis par la mission de prévenir et de mettre en garde tous ces jeunes inconscients qui ne pensent même pas au conséquences de leurs actes.

« Mais vous vous rendez compte que les photos que vous publiez aujourd’hui, les traces que vous laissez, elle seront encore sur le web dans 20 ans… ».
« Oui…et alors ? »

Qu’une photo de beuverie ou qu’un échange entre 2 personnes sur le thème « qu’est ce qu’on fait ce soir ? » soit encore en ligne 20 après, au final, qu’est ce que ça change ?

Dans 20 ans, ces photos et ces échanges seront enfouis au plus profond de la décharge du web.

Ça vous arrive souvent, vous, de fouiller dans une décharge ?
Les médias sociaux ne connaissent pas l’archivage : par défaut, tout reste en ligne.

Mais rester en ligne signifie t-il rester visible ?

Pas forcément, surtout quand le volume des publications est tellement important qu’un contenu publié est rapidement oublié, noyé et balayé par le tsunami de l’information et son flux incessant de publications.

Et même si Google arrive à fouiller cette décharge, ces informations n’auront plus d’intérêt, car elles seront anachroniques, dépassées, périmées.

« Vous vous rendez pas compte des conséquences de vos actes dans le futur ? »

Cette mise en garde n’est-elle pas un réflexe de réac’ et de vieux blasés qui ont peur d’un outil qu’ils ne connaissent pas ?

« Prends garde à ce que tu fais aujourd’hui pour préparer ton avenir. »

Penser à l’avenir, toujours à l’avenir. Les psychologues confirmeront, il n’y a rien de plus anxiogène que de penser qu’aux conséquences de nos actes sans vivre le moment présent.

Certes, le droit à l’oubli numérique doit exister. Mais pourrions-nous aussi envisager un droit à l’insouciance numérique ?

A chaque décennie son sujet anxiogène associé à son discours moralisateur et son injonction d’oublier de profiter du présent pour ne pas compromettre le futur : le SIDA dans les années 90, la terre et l’écologie dans les années 2000…

Cela me fait penser aux mises en garde de notre décennie sur la vie privée…à la différence près qu’avoir une mauvaise réputation n’a jamais tué personne.

Mais les braves gens n’aiment pas que l’on suive une autre route qu’eux…


Article publié à l’origine sur le blog Communications et internet.

Photos et illustrations via flickr par Cade Buchanan [cc-by-nc-nd] et Tsevis [cc-by-nc-nd]

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http://owni.fr/2011/11/10/la-mauvaise-ereputation-facebook-twitter/feed/ 55
Wikipedia n’est pas mort, il a juste mûri http://owni.fr/2011/08/24/wikipedia-nest-pas-mort-il-a-juste-muri/ http://owni.fr/2011/08/24/wikipedia-nest-pas-mort-il-a-juste-muri/#comments Wed, 24 Aug 2011 14:06:39 +0000 Samuel (Authueil) http://owni.fr/?p=76803 Dans un intéressant article, Cédric Le Merrer se demande si Wikipédia n’est pas en train de se ringardiser et de couler. Selon lui, Wikipédia ne serait plus un projet “dans l’air du temps” du 2.0. La baisse du nombre de contributeurs, le caractère “obsolète” des outils techniques, seraient des signes d’une marginalisation progressive, qui pourrait, à terme, couper Wikipédia des internautes et faire disparaître son coté “collaboratif” qui fait sa force. Je suis d’un avis très différent. Radicalement différent même ! J’ai plutôt tendance à dire que Wikipédia arrive enfin à l’âge adulte, celui de la maturité.

Wikipedia est devenu plus exigeant

Même si une encyclopédie n’est jamais complète, il y a quand même beaucoup de choses sur Wikipédia, l’essentiel même. On en est maintenant aux détails. Sur le thème auquel je contribue, les anciens parlementaires, il reste encore du travail, mais l’ensemble des anciens ministres, même ceux qui ne le sont restés que 4 jours, ont leur fiche. Et ces fiches s’enrichissent continuellement. C’est justement dans ces détails que se trouve la véritable valeur ajoutée d’un projet comme Wikipédia, car on sait qu’aucun projet “professionnel”, c’est à dire mené par des salariés, n’ira aussi loin, pour des raisons bassement matérielles de coût marginal. Certes, c’est moins spectaculaire qu’au début, mais ce n’est pas moins utile.

Cédric Le Merrer déplore aussi que l’on arrive plus à attirer suffisamment de contributeurs. Et c’est là que je diverge radicalement avec lui. Entre quantité et qualité, je préfère très largement la qualité, et si tous les égos démesurés pouvaient se casser de Wikipédia, j’en serais extrêmement heureux (et je ne serais pas le seul). Oui, Wikipédia s’est “bureaucratisée”, ce qui présente des inconvénients, mais aussi des avantages. Le travail est plus sérieux, plus contrôlé, plus cadré. Certes, le “ticket d’entrée” est plus cher, il faut se former, entrer dans un moule, apprendre à se servir d’outils. Cela peut en décourager certains, et c’est tant mieux, car les purs amateurs, armés de leur seule bonne volonté, font plus de dégâts qu’autre chose.

Allier exigence de qualité et ouverture démocratique

C’est là qu’on arrive à cet éternel sujet du culte de l’amateur. Je pense qu’après quelques années de réseaux sociaux et autres bidules 2.0, on se rend bien compte que les amateurs n’apportent rien ou pas grand chose. Quand on voit les forums ouverts à tous, les fils de commentaires des sites de presse, c’est du n’importe quoi au niveau de la pensée construite et réfléchie. Le dialogue n’y existe pas, personne n’écoute l’autre et chacun assène ses opinions. On est très loin de la délibération démocratique. Dans ce magma informe, Wikipédia tranche complètement. C’est une organisation certes complexe, mais on a devant nous un modèle de fonctionnement démocratique, avec de véritables délibérations. Et en plus ça produit quelque chose, dans un esprit “non marchand”. A coté du vaste bavardage inutile produit par les réseaux sociaux, quel contraste !

Bien évidemment, Wikipédia doit faire attention, doit écouter les critiques et les remarques. Mais elle doit surtout préserver son mode de fonctionnement interne, authentiquement démocratique, son esprit non marchand, ainsi que les procédures qui assurent une qualité du produit. Il ne faut donc surtout pas céder au culte de l’amateur. Pour produire quelque chose de qualité, il faut des experts, et internet n’a strictement rien changé à cela. Wikipédia ne doit pas devenir un “social media” pour branleurs en quête de personnal branding. Il y a les réseaux sociaux pour ça.


Billet intialement publié sur Authueil sous le titre “Wikipedia n’est pas un réseau social

Illustrations: Flickr CC by-nd origini-kun / by-sa linus_art

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http://owni.fr/2011/08/24/wikipedia-nest-pas-mort-il-a-juste-muri/feed/ 22
Il faut sauver Wikipedia http://owni.fr/2011/08/24/il-faut-sauver-wikipedia/ http://owni.fr/2011/08/24/il-faut-sauver-wikipedia/#comments Wed, 24 Aug 2011 06:28:45 +0000 Cédric Le Merrer (Fluctuat.net) http://owni.fr/?p=76785 D’abord les chiffres : jusqu’à 90 000 en 2010, les contributeurs actifs n’étaient que 82 000 en juin dernier. Beaucoup sont persuadés que la chute du nombre de contributeurs n’est qu’un phénomène naturel : l’encyclopédie serait complète et surtout  Wikipedia reflètant les centres d’intérêt de son contributeur moyen, “un geek masculin de 26 ans” selon son fondateur Jimmy Wales, l’encyclopédie manque fatalement de points de vue féminins et non occidentaux.

Mais cette baisse somme toute assez limitée cache un phénomène plus alarmiste : Wikipedia ne correspond plus aux usages en vogue aujourd’hui sur le web, après avoir été pourtant le symbole le plus évident du web 2.0. Reposant sur des outils de programmation dynamique, facile à modifier sans savoir programmer, Wikipedia était avant tout ce qu’en font ses usagers. Que s’est-il passé ?

Symbole des mutations de l’époque, Wikipedia reflète aussi les aspirations libertaires de son fondateur. Jimmy Wales est un libertarien, un individualiste qui ne croit ni en la “société” ni en la légitimité d’aucun gouvernement. Le projet Wikipedia découle donc de cette idée que tout un chacun peut apporter ses connaissances. Un de ses mythes fondateurs sera celui de la mort de l’expert : tout le monde est un expert de sa propre expérience, nous sommes tous égaux devant la machine, il n’y a plus d’experts.  Wales est aussi un représentant de l’idéologie californienne, celle de Google et de la Silicon Valley, selon laquelle les ordinateurs permettraient d’organiser les interactions humaines pour le meilleur. Nous sommes tous égaux devant la machine.

Les nouveaux experts

Le problème, dans la pratique, c’est que la machine ne suffit pas à organiser toutes les contributions. Il a fallu instaurer des règles, des normes et des exceptions dont la liste ferait passer la Constitution européenne pour les règles du jeu de dames. Et même si les règles du jeu précisent bien que tous les contributeurs sont égaux qu’ils soient là depuis dix ans ou dix jours, les administrateurs sont les seuls à connaitre ces règles et leur pouvoir est fondé là dessus. Si vous pouvez toujours contester leurs décisions, il vous faudra faire l’effort d’en apprendre autant qu’eux et courir le risque de devenir comme eux.

Demandez à quiconque a tenté de contribuer en dilettante ces dernières années, et un problème typique d’internet émerge : la communauté bashe les noobs. Vous décidez de compléter la page Wikipedia de votre groupe punk préféré, et le lendemain toutes vos modifications sont annulées par un administrateur qui vous reproche d’avoir mis les noms propres en gras et les citations en italique. Tous ne sont pas comme ça, mais les témoignages de contributeurs découragés par une expérience semblable sont légion. Wikipedia n’a pas tué les experts, il en a créé de nouveaux, les experts de Wikipedia, et ils ne valent guère mieux. Le premier pas pour sauver Wikipedia serait de faire le ménage dans le règlement et dans les administrateurs, au risque de perdre encore plus de contributeurs dans un premier temps.

La conception nouvelle du web proposée par Wikipedia en 2001 est devenue la norme aujourd’hui : fournissez des outils, les internautes feront le travail. Un modèle qui fait sens pour Wikipedia, mais qui en fait encore plus pour des sites commerciaux qui font fortune sur ce travail gratuit. Proposer aux internautes de créer du contenu via des outils simples n’est plus l’exception mais la règle.

En 2001, modifier une page de Wikipedia en quatre ou cinq clics et en n’apprenant que quelques balises de mise en forme, c’était une révolution. Mais quand on est habitué aux commandes Ajax et au WISYWIG de sites plus récents, devoir passer par trois pages différentes pour apporter la moindre contribution à Wikipedia, c’est incroyablement fastidieux. Symbole du web 2.0, Wikipedia tombe en désuétude en même temps que le concept qu’il incarna le mieux – le terme web 2.0 lui même étant tombé en désuétude. On parle désormais de social media. D’un point de vue technologique, il y a peu de différence, mais à l’usage, il y en a une fondamentale : l’identité.

L’impossible personal branding des contributeurs

Le contributeur de Wikipedia ou l’utilisateur du moteur de recherche Google est un anonyme. On peut s’enregistrer sur Wikipedia, se choisir un pseudo, faire partie d’une communauté, mais au final les articles ne sont pas signés, puisqu’ils sont censés être l’oeuvre de la communauté plutôt que d’experts identifiés. Le web social, à l’opposé, repose entièrement sur les connexions entre des individus clairement identifiés, sur leur influence, sur leur égo, même. C’est pour ça qu’il est devenu l’outil préféré des experts de tout poil, ou du moins de ceux qui désirent être reconnus comme tels et pratiquer le personal branding.

Face à Wikipedia, il y a donc toute une armée de médias sociaux qui se battent pour notre attention et qui nous récompensent en flattant notre égo. Pourquoi contribuer anonymement (ou quasiment) à une encyclopédie ingrate quand on peut devenir “influent” sur Tumblr ou Twitter, qu’on peut s’imposer comme “storyteller” sur Pearltrees et Storify ou comme “curateur” sur Scoop.it et Paper.li ?

Pour se défendre, Wikipedia commence à adopter les armes de l’ennemi, principalement avec le bouton “Wikilove” qui permet de remercier un contributeur en lui envoyant une image, comme un like ou ou +1. Une mesure qui sent cependant le “trop peu, trop tard” face à tous les moyens développés par les social medias pour flatter nos égos. Il faudrait que Wikipedia en fasse beaucoup plus pour concurrencer les médias sociaux sur le terrain du personnal branding pour espérer les concurrencer, mais ça voudrait dire abandonner son idéal californien qui place la machine au coeur des interactions.

La guerre entre web 2.0 et social media fait rage, une guerre entre deux futurs, Terminator ou Big Brother, et ce dernier est en train de gagner. Si Wikipedia veut survivre, il faudra trouver une façon d’adapter son Terminator sans se transformer en Big Brother. Ca tombe bien, on avait envie d’aucun des deux.

Aujourd’hui, l’internaute moyen va utiliser la si respectable Wikipedia comme source principale de connaissance et ne prendra pas le temps de vérifier ce qu’il y lit. Si Wikipedia contredit ce qu’il sait, il changera plus probablement d’avis qu’il ne modifiera la page. Pour redevenir un site vibrant et excitant, Wikipedia pourrait mettre un coup de pied dans sa propre fourmilière en abandonnant le principe de “neutralité de point de vue” qui de toute façon est bien trop problématique.

Une des plus grandes richesses de Wikipedia, c’est l’accès qu’elle donne à travers les pages “discussions” aux débats internes constants sur sa construction. Plutôt que de les garder séparés du contenu, Wikipedia pourrait adopter un nouveau principe, celui de la “multiplicité des points de vue”, et rendre visible sur chaque page des versions différentes et plus colorées de ses articles. Au lecteur de faire le tri ensuite entre des points de vue exprimés avec conviction, plutôt qu’entre des versions émasculées par les disputes qui ont lieu derrière le rideau. Wikipedia pourrait vivre indéfiniment de l’animation apportée par ces disputes plutôt que de se scléroser dans une version molle de la réalité, et l’encyclopédie n’en serait que plus complète.


Crédits photo FlickR CC by-nc-sa leralle / by-nc-sa Ethan Hein / by-nc-sa Pete Prodoehl

Article initialement sur fluctuat.net sous le titre : “Comment sauver le soldat Wikipédia ?

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http://owni.fr/2011/08/24/il-faut-sauver-wikipedia/feed/ 63
Recherche sérendipité désespérement [3/3] http://owni.fr/2011/08/15/recherche-serendipite-desesperement-urbanisme/ http://owni.fr/2011/08/15/recherche-serendipite-desesperement-urbanisme/#comments Mon, 15 Aug 2011 08:35:28 +0000 Ethan Zuckerman http://owni.fr/?p=76265 Suite et fin de l’article d’Ethan Zuckerman autour du concept de sérendipité, qui peut être définie comme la capacité à découvrir des choses par hasard. Après s’être attardé dans la première partie sur les liens entre urbanité et sérendipité, et avoir analysé dans la seconde partie la manière dont nous cherchons l’information en ligne, l’auteur explore ici les diverses façons de découvrir une ville en valorisant la sérendipité et s’interroge sur comment s’en inspirer sur le Web.

Les liens de cet article sont en anglais.


L’urbanisme au service de la sérendipité

Si nous voulons créer des espaces en ligne qui encouragent la sérendipité, nous devons commencer par nous inspirer des villes. Au début des années 1960, une bataille virulente a éclaté au sujet du futur de New York City. À l’origine le débat s’est concentré sur le Lower Manhattan Expressway, un projet d’autoroute suspendue à dix voies qui aurait connecté le Holland Tunnel aux ponts de Manhattan et de Williamsburg . Les plans de l’autoroute prévoyaient la démolition de 14 blocks le long de Broome Street dans Little Italy et Soho, délogeant à peu près 2 000 familles et 800 commerces.

Le principal avocat du projet était Robert Moses, urbaniste à l’influence légendaire à l’origine d’une grande partie du système autoroutier new-yorkais. En face, son adversaire la plus virulente Jane Jacobs était une activiste, auteure et, en 1962, la présidente du « Joint Committee to Stop the Lower Manhattan Expressway » . Broome Street doit sa survie à Jacobs. Mais de son travail contre Moses est aussi né un chef-d’oeuvre : The Death and Life of Great American Cities , à la fois une critique de la planification urbaine rationaliste et un manifeste pour la préservation et la conception de communautés urbaines vivantes.

Dans ses critiques de la planification urbaine, Jacobs se demande pour qui, des gens ou des automobiles, la ville doit être conçue. Elle pointe du doigt l’indifférence de Moses envers les individus qu’il souhaitait déplacer. Un cadre d’analyse moins biaisé serait de considérer que Moses avait adopté un point de vue global et aérien de la planification urbaine, alors que celui de Jacobs se plaçait au niveau des piétons et de la rue. Pour Moses, l’un des défis importants de la ville est de permettre aux habitants de se déplacer rapidement de leur domicile de banlieue jusqu’au quartier d’affaires du centre ville, puis de nouveau vers l’extérieur et le « collier » de parcs qu’il avait laborieusement fait construire dans les quartiers excentrés.

Le principe de la séparation des tâches – avec des quartiers résidentiels séparés des quartiers d’affaires, eux-mêmes séparés des zones de loisirs – était un élément majeur de la critique de Jacobs. Ce sont les rencontres hasardeuses que l’on fait dans la rue, et qu’a observées Jacobs à Greenwich Village, qui rendent une ville vivable, créative, vivante et finalement sûre. Dans les quartiers aux blocks peu étendus, où les piétons sont les bienvenus et où l’on trouve un mélange d’éléments résidentiels, commerciaux ou récréatifs, on retrouve une vitalité largement absente des quartiers exclusivement résidentiels ou des centres d’affaires qui se vident une fois les bureaux fermés. Cette vitalité vient de la possibilité pour des individus utilisant le quartier pour différentes raisons de se rencontrer par hasard.

La vision de Jacobs de ce qu’est une ville vivable a été très influente sur l’urbanisme depuis le début des années 1980, avec la montée du « New Urbanism » et le mouvement des villes pensées pour les piétons. Ces villes – et Vancouver où se déroule notre conférence en est un très bon exemple – ont tendance à favoriser les transports en commun plutôt que les voitures et créent des espaces qui encouragent les gens à se mélanger et à interagir, dans des quartiers multi-usages et des rues commerçantes adaptées aux piétons. Comme l’explique l’urbaniste David Walters, ces villes sont étudiées pour faciliter les rencontres et les mélanges entre les individus :

Les rencontres fortuites dans les espaces partagés sont le cœur de la vie en communauté, et si les espaces urbains sont mal conçus, les gens les traverseront aussi vite que possible.

S’il y a bien un principe général dans la conception des rues, c’est d’organiser l’espace pour minimiser l’isolation. Les villes pensées pour les piétons font qu’il est plus difficile de s’isoler dans sa maison ou dans sa voiture, et plus facile d’interagir dans les espaces publics. Ce procédé demande de faire un compromis – pouvoir garer sa voiture devant chez soi est pratique, mais les villes pensées pour les piétons nous recommandent d’être méfiants devant trop de commodité. Les quartiers célébrés par Jacobs ne sont certainement pas les plus efficaces lorsqu’il s’agit de se déplacer rapidement et de manière autonome. La vitalité et l’efficacité ne sont peut-être pas diamétralement opposées mais des tensions peuvent apparaître entre ces deux forces.

Les décisions politiques derrière les réseaux sociaux

Les villes incarnent les décisions politiques prises par ceux qui les ont conçues. C’est aussi le cas des espaces en ligne. Mais les urbanistes ont tendance à afficher leurs intentions avec plus de transparence. Ils déclareront leur volonté de créer une ville pensée pour les piétons parce qu’ils estiment qu’une utilisation accrue de l’espace public améliore le civisme.

Et, dans le meilleur des cas, les urbanistes font des essais pour voir ce qui fonctionne et font part des échecs quand ils surviennent – par exemple, l’utilisation obstinée de la voiture dans des villes qui ont été pensées pour les piétons. Il est bien plus difficile de demander aux architectes à l’origine de Facebook ou Foursquare d’expliquer les attitudes qu’ils essaient de favoriser et les croyances politiques qui sous-tendent leurs décisions.

Je pense que beaucoup de ceux qui conçoivent des espaces en ligne essaient d’augmenter l’exposition à plusieurs niveaux d’informations et de cultiver la sérendipité. Mais je m’inquiète aussi de la difficulté à accomplir cela. Un urbaniste qui veut modifier une structure est contraint par une matrice de forces : un désir de préserver l’histoire, les besoins et les intérêts des commerces et des résidents des communautés existantes, les coûts associés à l’exécution de nouveaux projets. Le progrès est lent, et en résulte une riche histoire des villes que nous pouvons étudier pour voir comment les citoyens, les architectes et les urbanistes précédents ont résolu certains problèmes.
Nous pouvons imaginer le futur de Lagos en parcourant les rues de Boston ou de Rome.

Pour ceux qui planifient le futur de Facebook, il est difficile d’étudier ce qui a été un succès ou un échec pour MySpace, en partie parce que l’exode de ses utilisateurs vers Facebook transforme peu à peu le site en ville fantôme. Il est encore plus compliqué d’étudier des communautés plus anciennes comme LambdaMOO ou Usenet, qui date du début des années 1980. Je suis souvent nostalgique de Tripod, le réseau social que j’avais aidé à construire à la fin des années 1990.

L’admirable site Internet Archive comprend plusieurs douzaines de clichés des pages du site entre les années 1997 et 2000. Ils offrent un aperçu de l’évolution de l’allure du site, mais ne donnent pas d’idée du contenu créé par les 18 millions d’utilisateurs en 1998. Geocities, concurrent plus à succès de Tripod, a entièrement disparu du Web en 2010 – son héritage représente moins de 23 000 pages conservées et accessibles par la Wayback Machine, qui a finalement abandonné l’archivage en 2001 face à l’ampleur de la tâche.

Si l’on s’inspire des vraies villes plutôt que des villes numériques abandonnées, quelles leçons apprend-on ?
Le débat entre Jacobs et Moses nous suggère de faire attention aux architectures qui favorisent l’aspect pratique au dépend de la sérendipité. C’est l’inquiétude exprimée par Eli Pariser dans son – excellent – nouveau livre « The Filter Bubble ». Il s’inquiète pour notre expérience en ligne : entre la recherche personnalisée de Google et l’algorithme de Facebook qui détermine quelles informations de nos amis afficher, elle pourrait devienne de plus en plus isolée, empêchant les rencontres liées à la sérendipité. Les bulles de filtrage sont confortables, rassurantes et pratiques, elles nous donnent une marge de contrôle et nous isolent de la surprise. Ce sont des voitures, plutôt que des transports en commun ou des trottoirs animés.

De nouveaux filtres qui empêchent la sérendipité

Avec l’apparition des boutons « like/j’aime » de Facebook sur des sites tout autour du Web, nous commençons à voir une personnalisation apparaître même sur des sites très généraux comme le New York Times. J’ai toujours accès à tous les articles que je souhaite, mais je peux aussi voir quels articles mes amis ont aimé. Il n’est pas difficile d’imaginer un futur où les « like/j’aime » occuperont encore plus d’espaces d’information. Dans un futur proche je pense pouvoir obtenir un carte de Vancouver sur le Web et y voir apparaître les restaurants préférés de mes amis. (Je peux déjà utiliser Dopplr mais je m’attends à bientôt voir apparaître cette fonctionnalité sur Mapquest, voir même sur Google Maps.)

Ce scénario peut être aussi bien inquiétant qu’excitant. Ce qui fait la différence ici c’est de voir seulement les préférences de ses amis ou aussi celles des autres communautés. Comme le dit Eli, les filtres qui doivent vraiment nous inquiéter sont ceux qui sont obscurs sur leurs opérations et qui s’activent par défaut. Une carte de Vancouver recouverte des recommandations de mes amis est une chose ; une carte qui recommande des restaurants parce qu’ils ont payé pour avoir accès à cette publicité en est une autre complètement différente. La carte que je veux voir est celle qui me laisse parcourir non seulement les préférences de mes amis mais aussi les annotations de différents groupes : des visiteurs qui découvrent la ville, des natifs de Vancouver, des foodies, ou des touristes japonais, chinois ou coréens.

Lorsque nous parcourons une ville, nous rencontrons des milliers de signaux sur la façon dont les autres personnes utilisent l’espace. La foule qui attend de rentrer dans un bar et les tabourets vides dans un autre ; une aire de jeu avec terrain de basket très vivant, une autre remplie de mères avec des enfants en bas âge, une dernière remarquable pour ses bancs désertés. Les actions des individus inscrivent leurs intentions dans la ville. Le gazon récemment planté dans un parc sera bientôt parcouru de chemins, dessinés jusqu’à la terre par les pas des passants. Ces « lignes désirées » sont frustrantes pour les paysagistes, mais elles envoient des signaux précieux aux urbanistes. À savoir : d’où les gens viennent, vers où ils se dirigent et comment ils souhaitent utiliser l’espace.

Les espaces en ligne sont souvent si soucieux de me montrer comment mes amis occupent l’espace qu’ils masquent la façon dont les autres audiences l’utilisent. Dans les moments précédant les révolutions tunisiennes et égyptiennes, une quantité importante d’informations a été diffusée sur Facebook. Si vous n’aviez pas d’amis dans ces pays, et spécifiquement dans ces mouvements, ces activités vous étaient complètement inconnues. Il est possible de voir les sujets populaires sur Facebook pour une audience plus large que vos seuls amis. Le sommaire des « Pages » montre les stars, les groupes et les marques qui ont des centaines de milliers, voire des millions, de fans. Le parcourir offre un tour d’horizon assez fascinant des pages populaires aux Philippines, en Colombie, au Nigeria ou aux Etats-Unis et au Canada.

Facebook a donc des données sur ces « lignes désirées » mais il les enterre dans le site au lieu de les mettre en avant. Les « Trending Topics » de Twitter rendent ces « lignes désirées » visibles. Nous ne savons peut-être pas ce qu’est « Cala Boca Galvao » quand cela apparaît dans les « trending topics », ou nous ne nous intéressons pas au tag #welovebieber, mais nous avons au moins des indications sur les sujets importants pour ceux qui ne sont pas dans notre liste d’amis. Lorsque nous cliquons sur un tag inconnu sur Twitter ou lorsque nous explorons les annotations de quelqu’un sur une carte, nous choisissons de nous éloigner de notre chemin habituel.

Trouver un guide à ses errances

Les villes offrent plusieurs façons d’errer et permettent une position philosophique : celle du flâneur qui chérit l’errance et les possibilités qu’elle lui donne de rencontrer la ville. Je pense que deux formes d’errances structurées pourraient être très utiles pour errer dans les espaces en ligne.

Il y a quelques semaines, j’ai retrouvé un vieil ami pour un déjeuner à New York. Durant les 20 années qui se sont écoulées depuis notre dernière rencontre il est devenu une figure de premier plan du parti communiste américain (une organisation que je pensais disparue depuis la fin des années 1960). Alors que nous marchions du restaurant jusqu’à son bureau, en passant face au légendaire Chelsea Hotel, il a attiré mon attention sur des immeubles d’apparence ordinaire et m’a tout raconté sur les unions qui les avaient bâtis, la bataille autour des droits des locataires qui y avait eu lieu et sur les activistes communistes, socialistes et syndicalistes qui y avaient dormi, travaillé et fait la fête.

Notre marche longue de vingt blocks s’est transformée en tour personnalisé de la ville et en carte idiosyncratique qui m’a poussé à observer attentivement des bâtiments qui n’auraient normalement été qu’une partie du décor. Je l’ai supplié de transformer sa visité guidée de la ville en carte annotée ou en visite en podcast, tout ce qui pourrait permettre à une audience plus large de profiter de sa vision de la ville. J’espère qu’il le fera.

L’une des raisons pour lesquelles il est tellement utile d’être guidé dans ses errances est que cela révèle le maximum de la communauté. Savoir que Times Square est la destination new-yorkaise la plus populaire auprès des touristes peut servir pour l’éviter. Mais savoir où un chauffeur de taxi haïtien va pour manger de la soupe de chèvre est une indication utile sur l’endroit où l’on peut trouver la meilleure nourriture haïtienne. Vous ne savez pas si vous aimez la nourriture haïtienne ? Essayez les « maximum locaux » – les lieux les plus importants pour la communauté haïtienne – et vous trouverez une réponse à cette question assez vite. Il est peu probable que vous n’aimiez pas la cuisine parce qu’elle est mal préparée, puisqu’il s’agit de la destination favorite de la communauté – il est plus probable que vous n’aimiez tout simplement pas la soupe de chèvre. (Eh bien, ça en fera plus pour moi.) Si vous souhaitez explorer au delà des lieux appréciés par vos amis, et de ceux appréciés par le public en général, il vous faut trouver des guides assez éloignés de vous culturellement et qui connaissent la ville à leur façon.

Une autre façon d’errer dans une ville et de la considérer comme un plateau de jeu de société. Je suis moins susceptible d’explorer Vancouver en suivant une carte définie par un guide qu’en cherchant des geocaches. Dans un rayon de cinq kilomètres autour de ce centre de conférences, il y a 140 paquets cachés, chacun contenant un logbook où s’enregistrer et, probablement, des « mementos » à échanger avec d’autres joueurs. Pour un geocacher, c’est presque un impératif moral que de trouver autant de paquets que possible lorsque l’on visite une ville inconnue.

Ce processus va probablement vous emmener en dehors des sites touristiques de la ville, ne serait-ce que parce qu’il est difficile de cacher ces paquets dans des endroits si fréquentés. Au lieu de ça, vous découvrirez des coins oubliés, et souvent des lieux que la personne qui a caché le paquet voudra vous faire découvrir, parce qu’il s’agit d’endroits inattendus, historiques ou beaux. Geocaching est une forme à part entière d’annotation communautaire. Le but premier est de laisser sa signature sur le logbook de quelqu’un d’autre, mais un objectif plus profond est de nous encourager à explorer un lieu d’une manière inédite.

Des mécanismes ludiques pour (re)découvrir la ville

D’autres jeux établissent une connexion explicite entre l’exploration et l’expansion du capital civique. Le jeu SFO, fondé par un trio originaire de Chicago et transplanté à San Francisco, a été conçu pour encourager les joueurs à découvrir des choses qu’ils n’avaient jamais vues ou faites dans la ville, afin d’encourager l’exploration et l’autonomie. Le jeu nous invite à gagner des points en accomplissant des tâches, souvent absurdes, stupides ou surprenantes. On marque des points en documentant nos « praxis » et en postant des photos, des vidéos ou d’autres preuves de nos interventions.

Ce qui est vraiment excitant dans ce jeu, à mon avis, c’est le nombre de tâches conçues spécifiquement pour encourager les rencontres avec des lieux et des personnes inconnus – une épreuve nous pousse à convaincre des inconnus à nous inviter chez eux pour dîner. Les joueurs qui ont réussi cette épreuve racontent qu’elle était étonnamment facile et que leurs hôtes ont semblé apprécier cette rencontre inattendue autant que les joueurs. (Plus de réflexions sur SFO sur ce post de blog.)

Tous les jeux ne sont pas collectifs. Il y a plusieurs années, Jonathan Gold a créé un mécanisme ludique pour illustrer son exploration des restaurants de Pico Boulevard à Los Angeles. L’article sur cet expérience, intitulé L’année où j’ai mangé Pico Boulevard (The Year I Ate Pico Boulevard) offre un aperçu captivant de la diversité des nourritures ethniques accessibles en ville. Ce travail a permis à Gold de lancer sa colonne dans le Los Angels Weekly pour laquelle il a finalement remporté le prix Pulitzer, pour la première fois remis à un critique culinaire.

Je retrouve des mécanismes similaires dans le projet merveilleusement étrange intitulé International Death Metal Month, qui propose aux curateurs d’explorer YouTube pour trouver des groupes de death metal dans chacune des 195 nations reconnues par l’ONU. Le death metal du Botswana ne deviendra probablement pas votre tasse de thé, mais utiliser ses passions comme un objectif au travers duquel on voit le monde est une tactique cosmopolite célébrée par Anthony Bourdain ou Dhani Jones.

Il est risqué de trop utiliser ces métaphores géographiques. Même si les mécanismes de jeu sont attrayants et l’intervention de curateurs fascinante, aller du Bronx jusqu’à Staten Island demande toujours du temps. L’espace numérique offre la possibilité de changer les proximités – nous pouvons organiser les bits comme nous le souhaitons, et nous pouvons réorganiser nos villes en suivant notre imagination. Nous pouvons créer uniquement des quartiers en front de mer, ou seulement des parcs, uniquement des bâtiments de briques rouges ou des immeubles de huit étages bâtis dans les années 1920 et découvrir ce que nous rencontrons dans ces endroits.

Mes amis du Harvard Library Innovation Lab expérimentent une réorganisation des étagères de la bibliothèque, qui sont parmi les structures les plus puissantes à notre portée pour encourager l’exploration d’un paysage informatif. Les ouvrages sont classés par sujet et nous commençons par parcourir ce que nous pensons vouloir connaître, puis nous étendons notre recherche visuellement, élargissant notre champs de recherche alors que nos yeux se détachent de notre recherche initiale. En parcourant les rayons nous obtenons des informations sur un livre selon son apparence – son âge, sa taille. Son épaisseur nous dit si le volume est court ou long, sa taille est souvent un indice du nombre d’illustrations (les grands livres contiennent la plupart du temps des photographies).

ShelfLife, le nouvel outil développé par le laboratoire de la bibliothèque d’Harvard, permet de réorganiser les étagères de livres en utilisant ces caractéristiques physiques – taille, épaisseur, âge – mais aussi de les classer en utilisant des données comme le sujet, l’auteur ou la popularité auprès d’un groupe de professeurs ou d’étudiants. L’objectif du projet est de récupérer les données utiles qui apparaissent dans les formes d’organisations physiques et de les combiner avec les possibilités de l’organisation numérique de l’information. Si l’on combinait les conclusions tirées d’une étude de l’organisation des villes avec les possibilités de réorganisation numérique, nous pourrions peut-être concevoir différemment des espaces en ligne favorisant la sérendipité.

Cet essai ne se finit pas par une conclusion – il se termine par des questions. Je ne sais pas exactement de quelles idées issues de l’étude des villes nous pouvons nous inspirer pour les espaces virtuels – à mon sens, seules des expériences peuvent répondre correctement à ces questions :

* Comment concevoir des espaces physiques pour encourager la sérendipité ?
* Quelles leçons tirer de la sérendipité dans les espaces physiques pouvons-nous appliquer au domaine du virtuel ?
* Comment pouvons-nous annoter numériquement le monde physique pour faciliter nos rencontres avec le monde, plutôt que de les limiter.


Article initialement publié sur le blog d’Ethan Zuckerman

Traduction : Marie Telling

Illustrations FlickR CC Paternité par snorpey PaternitéPas d'utilisation commercialePas de modification par Benjamin Stephan PaternitéPas d'utilisation commercialePas de modification par roboppy PaternitéPas de modification par angelocesare
Image de Une Loguy

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http://owni.fr/2011/08/15/recherche-serendipite-desesperement-urbanisme/feed/ 134
Encadrer les réseaux sociaux: pourquoi les médias se trompent http://owni.fr/2011/08/02/encadrer-les-reseaux-sociaux-pourquoi-les-medias-se-trompent/ http://owni.fr/2011/08/02/encadrer-les-reseaux-sociaux-pourquoi-les-medias-se-trompent/#comments Tue, 02 Aug 2011 06:30:23 +0000 Morgane Tual http://owni.fr/?p=75239 Ça y est. Avec l’affaire DSK, les médias français ont pris conscience de l’existence des réseaux sociaux. Ou tout du moins, de leur importance. Comme les hommes politiques, qui semblent avoir découvert il y a peu Internet, il est désormais temps de “régulariser”, de “charter”, bref, de censurer.

De quoi souffre la presse aujourd’hui ? Les plus hypocrites répondront « des journaux gratuits et du Web ». Les plus honnêtes admettront que la presse souffre d’une immense crise de confiance de la part de ses lecteurs, qui critiquent ses collusions avec le pouvoir politique et économique, son manque de transparence, d’audace, et la docilité de ses journalistes.

Que veut faire la presse aujourd’hui ? Empêcher ses journalistes de raconter ce qu’ils veulent sur les réseaux sociaux. Les empêcher par exemple de critiquer « son entreprise, sa direction, son service », (Nouvel Obs.com) ou d’émettre « une opinion personnelle en contradiction avec celle de l’entreprise » (Rémy Pfimlin, France Télévisions). Tout en les incitant à faire « attention aux tweets humoristiques » (NouvelObs.com again).

Pour la transparence, l’indépendance d’esprit et le reste, on repassera.

Rafraîchir l’image de la presse

Pourtant, la liberté de ton que les journalistes ont trouvée sur Twitter est, je pense, une énorme opportunité pour rafraîchir l’image de la presse en France. Ici, le réseau a très vite été trusté par des hordes de journalistes, qui ont très récemment été rejoints en masse par les autres. Qu’y ont découvert ces personnes ? Des journalistes très différents les un des autres, très différents aussi de l’image du jeune-cadre-dynamique-sourire-colgate-pisseur-de-copie-formaté-un-brin-trop-propret.

Ils y ont découvert des humains, dans toute leur diversité, qui tweetent corporate, parlent de leurs gamins, évoquent leurs problèmes de cœur, balancent des photos cochonnes, des blagues stupides, s’émeuvent des conflits du bout du monde, se gaussent des dernières âneries de nos « représentants », photographient leur dîner, leurs pieds sur la plage, leur chien, live-tweetent une manif, racontent ce qui se passe au bureau ou dans l’Amour est dans le Pré. Des gens comme eux.

Et des journalistes motivés, intéressés, passionnés, indignés, des journalistes accessibles, qui leur racontent comment ça se passe à l’intérieur, là où se fait le journal, et aussi là où se fait le pouvoir. Bref, des journalistes qui font leur boulot, et qui redonnent confiance, je crois, à leurs lecteurs.

Je comprends qu’un média puisse être dérangé par le tweet d’une de ses journalistes s’étonnant que la rédaction soit vide à 9h. C’est ce qui s’est passé au NouvelObs.com. Mais que doit-on remettre en cause ici ? Le tweet de la journaliste ? Ou le fait que la rédaction soit vide à 9h – si tant est que ce soit un problème ?

Que des journalistes parlent de ce qui se passe au sein de leur rédaction avec un œil critique donnera finalement, je pense, une image de la presse plus transparente, plus accessible, moins arrogante.

En critiquant Libé, ses journalistes lui ont rendu service

Regardez ce qui s’est passé à l’arrivée d’Anne Lauvergeon au conseil de surveillance de Libération. Dans le journal, un sobre filet annonce sa nomination « dans l’intérêt du journal ».

Sur Twitter, autre ambiance : les journalistes de Libération se déchaînent avec des tweets tout à fait contraires à la ligne du papier, « contradiction » relevée avec humour par un TumblR dédié. Mais qu’auraient donc pensé les lecteurs de Libération si les journalistes s’étaient tenus à carreau après cette annonce ? Si le décalage entre la ligne du journal et l’expression personnelle de ses journalistes est effectivement risible, le silence des journalistes sur les réseaux l’aurait été encore plus ! Comment un lecteur de Libération, journal supposé engagé, décalé, transparent, aurait pu accepter que les journalistes se taisent sur une énormité de ce genre ? Le journal et son équipe n’en auraient été que plus décrédibilisés, ce dont ils n’ont clairement pas besoin. En critiquant leur entreprise sur les réseaux sociaux, les journalistes de Libération lui ont en fait rendu service.

Toujours est-il que les contours de ces chartes/recommandations restent très flous, et qu’il me paraît difficile de les éclaircir. On en revient à l’éternelle distinction entre prise de parole publique et privée, arbitrant du fameux « devoir de réserve ». Sauf qu’aujourd’hui, les limites n’ont plus rien de clair. A quel moment notre parole doit-elle être « modérée » ? Dans un dîner avec des amis ? Dans un dîner avec des journalistes ? Dans une formation entre professionnels ? Dans une conférence ? Sur un blog ? Sur Twitter ? A la télé ? Sur Facebook ? – ce dernier étant particulièrement problématique : ce que nous y postons est-il privé ou public, étant donné que nous choisissons nos “amis”/”lecteurs” ?

Quand je tweete ivre à trois heures du matin, je ne suis pas journaliste

Autre question : qu’a-t-on le droit de dire ou non ? Un tweet anti-gouvernement est-il interdit ? Blague raciste ? Gif scato ? Critique de l’entreprise ? Jeu de mot foireux sur un fait-divers ? Dire qu’on mange des pâtes ? Dire qu’on a croisé une star dans l’ascenseur du journal ? Appel au boycott ? Poster un lien vers un média concurrent ? Mort aux vaches, mort aux condés ?…

A vrai dire, je crois que je m’en contrefous. Le simple fait d’avoir à me demander, en France, en 2011, ce que je suis autorisée à écrire ou non me colle un franc bourdon. L’impression que toutes ces années passées à bloguer, à Tweeter, participer à la création d’un nouvel espace auto-géré pétillant et ultra-fertile n’aura servi à rien. Il faut, encore une fois, que l’establishment vienne s’en mêler pour expliquer ce qu’il convient, ou non, de faire, de dire, de penser.

Cela dit, certains médias, comme le Nouvel Obs, expliquent que les restrictions s’appliquent « si vous indiquez ‘journaliste de l’Obs’ dans votre bio ». Pourquoi pas. S’il faut un compromis, autant que ce soit celui là. Ou le coup du double-compte : un pro, un perso. Mais c’est un peu hypocrite. Et limite prendre les gens pour des idiots, puisqu’avec une simple recherche sur Google, chacun peut savoir à quel média appartient le journaliste en question.

L’autre souci est que cette règle ne semble pas si claire puisque, quelques lignes plus loin, il est recommandé de limiter les blagues, « si vous mentionnez votre vie professionnelle », ce qui est TRES différent de « si vous indiquez ‘journaliste de l’Obs’ dans votre bio ». – ceci dit, ces indications sont issues d’un mail envoyé par le rédacteur en chef à son équipe, ce n’est pas une charte longuement ruminée.

Quoi qu’il en soit, les frontières entre vie professionnelle et vie privée ont bougé. On n’est plus, de 9h à 19h, le prototype du journaliste parfait, pour devenir un anonyme une fois gentiment rentré chez lui. Notre identité virtuelle nous poursuit. Cela signifie-t-il que l’on est journaliste 24/24h ? Non, mille fois non. Quand je tweete ivre à trois heures du matin, je ne suis pas journaliste. Mais je suis toujours une internaute, qui publie du contenu en ligne. Et je ne vois pas de quel droit mon entreprise aurait le droit de s’immiscer là-dedans.

Entre auto-censure et bon sens

Mais finalement, le fait que je raconte, comme tout le monde, des bêtises sur Twitter signifie-t-il que je suis une mauvaise journaliste ? Les personnes me suivant sur ce réseau auront-ils moins confiance dans mes articles ? Et au final, les rédactions rechigneront-elles plus à collaborer avec moi ? Je ne crois pas – en tout cas jusqu’ici. Et j’aurais même tendance à dire, sans certitude toutefois, « au contraire ».

D’autant plus que, si les entreprises de presse s’inquiètent d’avantage de ce que leurs employés balancent sur les réseaux sociaux, elles sont néanmoins les premières à leur réclamer de tweeter du contenu corporate, d’autant plus s’ils disposent d’un nombre conséquent de followers. Personnellement, j’ai toujours détesté qu’une rédaction me demande de tweeter du contenu. Et je me suis quasiment toujours débrouillée pour ne pas le faire : mon blog, mon Facebook, mon Twitter n’appartiennent pas à l’entreprise. Partager du contenu sur mes espaces personnels ne fait pas partie du contrat. Cela dit, bien évidemment, je retweete de moi-même les contenus que je juge intéressants produits par le média en question. Rester maître de son contenu est aussi une question de crédibilité vis-à-vis de ses followers. Car si Twitter devient une zone « corporate », où chacun propage, sans saveur, ce que sa boîte lui demande… qui ira s’abonner à ces comptes ? Un peu de #LOL, de #NSFW (ndlr : “not safe for work”) et d’insolence font tout le charme de nombreux comptes « influents ».

Toutefois je dois admettre que, même si je ne me gêne pas pour exprimer mes opinions sur l’actualité et propager des LOLcoiffeurs stupides, je ne critique néanmoins jamais les entreprises dans lesquelles je travaille. Certains diront que c’est du bon-sens. Qu’il ne faut pas cracher dans la soupe. En réalité, ce n’est rien d’autre que de l’auto-censure. De la peur. « Si je dis ça, je risque de déplaire à mon employeur, peut-être de perdre mon job et d’être mal vue dans le milieu », point.

Il est loin, le journalisme gonzo.

Billet initialement publié sur le blog de Morgane Tual sous le titre “Encadrer les réseaux sociaux : pourquoi les médias se trompent”

Illustrations FlickR CC PaternitéPas d'utilisation commercialePas de modification par Laughing Squid Paternité par Johan Larsson

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“Doctissimo m’a tuer” ou l’art de se moquer d’autrui http://owni.fr/2011/07/19/doctissimo-ma-tuer-ou-lart-de-se-moquer-dautrui/ http://owni.fr/2011/07/19/doctissimo-ma-tuer-ou-lart-de-se-moquer-dautrui/#comments Tue, 19 Jul 2011 09:57:30 +0000 Boumbox http://owni.fr/?p=74070 Si vous avez gardé les yeux ouverts cette semaine, vous avez dû voir passer ce blog : Doctissimo m’a tuer, un Tumblr qui se présente comme une collection de messages trouvés sur les forums de Doctissimo. Des posts pleins de fantaisie sexuelle, de fantasmes étranges et d’expériences corporelles. Des posts simples aussi, des questions qui font marrer les visiteurs…


Ce petit Tumblr a connu un succès express : parce qu’on aime lire ces messages bizarres, se dire « Quoi ?! Mais comment il a pu ?… » et se faire peur avec les petites perversions des autres. Rien d’anormal là-dedans, c’est comme ça que marchent tous les processus fantasmatiques, du film d’horreur au film porno.

“On parle de ta mère, de tes cousins”

Sauf que… les créateurs de « Doctissimo m’a tuer » sont de vils hypocrites. Bah oui. Et ça rend les lecteurs complices de cette hypocrisie. En collant le lien sur son FB, chacun y va de son petit commentaire mesquin, sans même essayer de percevoir la grande image derrière ces posts isolés et sans contexte. Les petites blagues de l’incompréhension quotidienne : « c’est des gros malades« , « un blog qui réhabilite l’euthanasie« , « les pires pervers du web français« , « putain faut les tuer« … un petit tour sur Open Book montrera à quel point « Doctissimo m’a tuer » rassemble le bon peuple dans le lynchage de ces gens qui sortent de la norme… Ouais. Je vais me faire le chevalier blanc des mecs qui fantasment sur leur tante, des frères qui se tripotent ou des gars qui s’échangent des photos de leurs meufs en imper’.

Parlons de vérité. Pas de celle qu’on raconte en soirée et qui sent bon sous les bras. Nan, là je parle de la vie, la vraie. Les vrais trucs du fond de nos petits coeurs, ceux qu’on ne raconte pas à nos collègues, pas à nos amis, pas à notre famille. Ceux aussi qu’ils ne nous racontent pas.

Doctissimo est la première communauté française : 100.000 messages par jour y sont postés.  J’ai entendu moult fois des blogueurs se marrer en entendant parler de community management : « Ah ouais, t’es modérateur quoi, sauf que t’as pas besoin d’écrire« . 100 000 messages par jour, mec. C’est loin d’être un mensonge communautaire ou une bande bidon levée à coup de campagnes Facebook. On parle de dizaines de milliers de gens qui, chaque jour, se connectent pour poser des questions, donner des réponses et se réunir avec leurs amis du Web.

On parle d’une immense communauté, aux intérêts divers. On parle de ta mère, de tes cousins, on parle de tous ces gens que tu côtoies et de leur liberté d’expression. On parle de ces milliers de niches créées sur une terra incognita sans limites : les forums de Doctissimo. Des vrais gens, avec des vraies envies, des vrais problèmes, des vrais besoins…

Fake or not ?

Venons-en aux problèmes de ce Tumblr sans classe :
« Doctissimo m’a tuer », c’est deux / trois messages par jour, cités hors contexte, tirés de l’immense base de données des forums Doctissimo.
« Doctissimo m’a tuer », c’est de gros trolls bien vilains (de faux messages postés par de faux membres) racontant des histoires de saucisses ou de chewing gum, publiés comme si c’était le quotidien de tout un chacun sur Doctissimo. Évidemment, comme il s’agit de gros fakes inventés par des membres, c’est toujours des histoires improbables et débiles : le caviar de « Doctissimo m’a tuer ». Bien sûr, on retrouve des trolls par douzaines sur le blog… Flagrant délit de mauvaise foi. Exemple, l’ami « Tooth » : un spécimen parfait.

Dernier problème, et de taille… Les forums de Doctissimo ont des disclaimers. Ces bannières avertissant que le contenu qui va suivre est sensible et réservé aux plus de 18 ans. Un blog tel que « Doctissimo m’a tuer », qui s’est fait mission de montrer le « pire » de Doctissimo, va piocher la majorité de ses posts sur de telles boards interdites aux âmes sensibles… Des boards clairement identifiées comme borderline, réservées à des gens qui savent à peu près où ils mettent les pieds. Des protections pour le quidam. Et sur le Tumblr qui nous intéresse ? Que dalle. Tout au plus, une tag-line pourrie, tendance ironique, censée nous faire comprendre qu’on est ici pour de rire : « ON ADORE LES INTERNETS, DANS TRENTE ANS Y’EN AURA PLUS« …

Qu’est-ce que ça veut dire ? Nan sérieux… Qu’est ce ça signifie ? Qu’est ce qu’ils racontent ? Qu’est ce que je dois comprendre quand je lis ça ? Qu’on est tellement au dix-huitième degré de l’humour ultime qu’on a même plus besoin de réfléchir ? Que c’est pas la peine de critiquer ? C’est ça que me disent les cinq fourbes qui gèrent ce blog ? Désolé d’insister, hein… J’aimerai comprendre.

Et c’est pas le fil Twitter qui va nous apporter plus d’infos :   »Fake Or Fail? Le meilleur de doctissimo, ou presque… » Euh, quoi ? C’est possible de prendre encore plus de pincettes ? Je vous le traduis : « On sait pas si c’est vrai, mais voici les pires tarés du web« . Et les gars y vont avec classe, je vous laisserai apprécier le petit commentaire du post suivant :

« Un petit coup de main ? » : voilà comment le mec est catalogué sur « Doctissimo m’a tuer ». Alors, bon, moi je veux accepter les blagues et faire le malin, mais si la blague c’est d’humilier les handicapés en détresse, je sais pas pour vous, perso ça me fait pas rouler de rire. Remarquez bien que c’est pas par moralité, mais là, prendre le témoignage très concret d’un mec en bad pour me foutre de sa gueule… Carton rouge, quoi.

Rendez-vous manqué avec l’orthographe mais…

Et c’est ça qui me fait chier avec ce putain de blog. C’est de le voir être partagé dans tous les sens alors que ce truc est une arnaque : un gros pipeau sale pour voyeuristes qui ont envie de s’offusquer à la va-vite. Genre débranche ton cerveau, parcours un peu le site, fais semblant que tu connais tout de la vie et offense toi des ces minables. Oublie que c’est peut-être tes amis, tes voisins, tes potes ou ta meuf, qui expriment enfin ce qu’ils veulent sous le couvert de l’anonymat. Oublie que c’est l’un des premiers lieux d’échange en France, oublie le fait qu’on fasse ça salement, oublie qu’il s’agit de vraies personnes, réduis-les à une liste de posts sans sens ni contexte, oublie tout ça… et moque-les. Sois un bully. Sois un con. Partage autour de toi.

« Doctissimo m’a tuer » ou l’histoire d’un faux procès. Je me permettrai donc ce petit plaidoyer de fin : oui ces gens peuvent paraître fou, oui leur maîtrise de l’orthographe laisse à désirer,  oui ça peut être difficile de les comprendre, ou de les accepter, mais ami lecteur, n’as tu pas la brûlante impression que ce serait vachement plus intéressant que de se simplement se foutre de leur gueule ? Notre copine Maïa fait des pieds et des mains chaque jour sur Sexactu pour faire avancer la compréhension globale du monde coincé envers les gens plus open de leur corps. Et merde, globalement, c’est pas ça le putain de sens de la vie ? Essayer de mieux se comprendre les uns les autres. Ne pas se pointer du doigt en rigolant comme des ânes.

« Doctissimo m’a tuer » est une grosse arnaque. Et aussi une sorte de virus psychique qui fait régresser l’humanité. Comme disait tonton : « Je suis sûr qu’on nous prend pour des cons« … et plus je relis cette tag-line pourrie « ON ADORE LES INTERNETS, DANS TRENTE ANS Y’EN AURA PLUS »… plus j’en suis certain. Warning : ces gens sont des voleurs d’attention !

Initialement publié sur Boumbox sous le titre “Doctissimo m’a tuer”, cette arnaque voyeuriste

Illustrations Flickr PaternitéPas d'utilisation commerciale asvensson

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Parlons boulot, pas politique! http://owni.fr/2011/07/16/parlons-boulot-pas-politique/ http://owni.fr/2011/07/16/parlons-boulot-pas-politique/#comments Sat, 16 Jul 2011 13:00:09 +0000 Alexandre Léchenet http://owni.fr/?p=73876 Déjà en campagne pour sa réélection en novembre 2012, et à l’occasion du lancement à la Maison-Blanche, par Twitter, de la plate-forme Town Hall, Barack Obama s’est prêté à une interview en moins de 140 caractères. Grâce au hashtag #AskObama, près de 65 000 questions, selon Twitsprout, ont pu lui être posées avant le 6 juillet.

Avant de commencer l’analyse de ces 65 000 tweets, on peut noter tout d’abord qu’encore une fois, Barack Obama s’est inspiré de Ségolène Royal, puisque la veille, elle répondait aux tweets utilisant le hashtag #QASR. Sans d’ailleurs se départir de son flegme face à des questions lui demandant si elle avait “le seum contre Martineen disant :

C’est contre le chômage, les injustices, les précarités, les discriminations, etc, que “j’ai le seum”.

Retournons à la Maison-Blanche. Parmi ses 65 000 questions, un utilisateur de Buzz Feed a repéré les questions les plus “stupides”, souvent posées à Barack Obama par des membres des Tea Parties, lui demandant de produire à nouveau son acte de naissance.

"Où est le vrai certificat de naissance ?"

En temps réel, l’équipe de Twitter à la Maison-Blanche ne posait que les questions les plus partagées, celles ayant été le plus retweetées. Et pour les départager, Mass Relevance fournissait des outils de visualisations et de curation pour éviter les tweets déplacés, notamment.

La questions la plus retweetée concernait la marijuana (4911 retweets) rappelant l’activisme dont avait fait preuve ses soutiens lors de la création du Citizen Briefing’s Book pendant la période de transition du Président-élu. Activisme inutile, puisque le Président n’a pas répondu à cette question. En 2008, il avait signalé qu’il n’était pas en faveur d’une légalisation.

Ce que n’ont pas manqué de remarquer les analystes, c’est la teneur des tweets. Parlant principalement d’économie et de travail, les tweets ne jouent pas du tout dans la même cour que les questions habituelles des journalistes.

Les journalistes parlent-ils trop de politique alors que les citoyens s’intéressent eux des questions plus pragmatiques ?


Article initialement publié sur la datablog d’OWNI

Crédits Photo FlickR CC by-sa Geoff Livingston

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Les sites d’info et Facebook: it’s complicated http://owni.fr/2011/07/13/les-sites-infos-facebook-its-complicated/ http://owni.fr/2011/07/13/les-sites-infos-facebook-its-complicated/#comments Wed, 13 Jul 2011 06:34:47 +0000 Marc Mentré http://owni.fr/?p=73538 Le 28 juin, Facebook tenait son premier MeetUp pour les journalistes à Paris. Media Trend était présent grâce à Sophie Lemoine. Disons d’emblée, qu’en écoutant son compte-rendu et en lisant ses notes, j’ai été déçu. Rien de particulièrement nouveau n’a été annoncé lors de cette réunion qui ne soit déjà connu, comme la création de « pages professionnelles » pour les journalistes, le fait de pouvoir lier les commentaires publiés sur le site avec ceux qui le sont sur la page Facebook, l’implémentation des boutons « Like » ou « Recommend » en lieu et place du bouton « Share » , etc.

Je vais revenir en détails sur ces points, mais surtout, il nous est apparu, à Sophie et à moi, qu’il s’agissait d’une classique « évangélisation » de la part d’une entreprise qui cherche à devenir un des points de passage obligé pour accéder au contenu des sites d’information.

Mais avant d’aller plus loin, deux repères:

  • L’ensemble des internautes n’est pas inscrit sur Facebook, loin s’en faut. En France, seule la moitié d’entre eux a ouvert un compte Facebook. Il faut ajouter un second bémol: sur la vingtaine de millions de comptes en France, on ignore combien sont réellement actifs. Donc aujourd’hui, Facebook est sans nul doute un outil puissant de publication et de diffusion des contenus, mais une « page » ne saurait se substituer à un site, pour cette seule raison.
  • Travailler sur Facebook, que l’on soit un individu ou une entreprise, implique l’acceptation du « règlement Facebook » [lire la Facebook Platform Policy]. Celui-ci n’est pas toujours « raccord » avec les impératifs de l’information, comme l’illustre le point 5 de ce règlement qui interdit tout « contenu haineux, menaçant, diffamatoire ou pornographique; qui incite à la violence; ou contient de la nudité ou des scènes de violence » [encadré bleu, dans la capture d'écran ci-dessous].

Plus inquiétant pour un éditeur, l’instabilité dans laquelle le plonge Facebook. Il est prévu au chapitre V de ce règlement:

Nous pouvons prendre des mesures coercitives contre vous et tout ou partie de vos applications, si nous jugeons, selon notre seul jugement que vous ou votre application viole les termes et la politique de la plateforme Facebook. Les mesures d’exécution sont à la fois automatiques et manuelles, et peuvent inclure la désactivation de votre application, en limitant votre accès ou celui de votre application aux fonctionnalités de la plateforme [Facebook], la fin de nos accords avec vous, ou toute autre action que nous jugeront appropriés et ce à notre seule discrétion [souligné par moi].

Et pour que l’incertitude soit totale, le règlement ajoute au chapitre suivant :

Nous pouvons changer la politique de la plateforme à tout moment sans préavis [souligné par moi] lorsque nous le jugerons nécessaire. Votre utilisation continue de la plateforme constitue une acceptation de ces changements.

Bref publier sur Facebook signifie se trouver dans un environnement particulier, relativement instable [lire par exemple cet article du site espagnol Techno Magazine, qui explique que des milliers d'applications ont été désactivées par Facebook, sans préavis], et restrictif par rapport au cadre législatif et réglementaire habituel. ((Lire à ce sujet, la mésaventure survenue au critique britannique Roger Ebert, qui a vu sa page disparaître, racontée sur Gigaom))

Qualité de conversation

Mais au-delà de ces prudences qu’apporte Facebook et comment faut-il l’utiliser ? L’apport de Facebook pour un média se concrétise de plusieurs manières qui vont de la création d’une — ou de plusieurs — page(s), à différentes manières de lier le contenu et les commentaires du site avec Facebook.

Un éditeur a passé le pas et a décidé « à titre expérimental » de basculer entièrement sur Facebook en mars 2011. L’une des principales raisons avancée par Cindy Cotte Griffiths et Brad Rourke, les responsables de Rockville Central, tient au fait que Facebook serait plus « civilisé » que le web de par son caractère « fermé » [par opposition au web "ouvert"]. Le réseau social offrirait donc une meilleure qualité de conversation, notamment parce que les inscrits sur le site le sont sous leur identité propre. Cela limiterait fortement les risques de dérives dans les commentaires.

En revanche, ce choix implique un sacrifice financier, puisqu’un éditeur ne peut pas placer de publicité sur sa page Facebook, comme l’indique les « conditions applicables aux pages » : « Les publicités pour des tiers sont interdites sur les Pages ». Les deux responsables de Rockville Central envisagent donc un financement par des produits dérivés comme, par exemple, la création d’événements locaux [Pour plus de détails sur cette expérimentation lire ici et ].

Le Boston Globe pour sa part a opté pour une autre solution, à savoir la création d’une application Facebook, baptisé Your Boston. Pour cela, le groupe s’est appuyé sur une solution en open source développée par un petite startup, NewsCloud, dans le cadre d’un programme financé à hauteur de 250.000 $ par la Knight Foundation et qui est destiné à soutenir le lancement de sites communautaires interactifs par douze groupes de presse.

Générer de la publicité avec une application

Si l’on voulait une démonstration du caractère expérimental de cette application, on ne saurait mieux l’illustrer par le jeu de piste qu’il faut suivre pour tomber sur Your Boston. Sur la home du site du Boston Globe, on ne trouve que le social plugin Facebook; il renvoie sur la page Facebook, Boston Globe; il faut alors cliquer sur Boston.com, dans la colonne de gauche [les "intérêts" des pages Fan] et c’est sur cette page que l’on trouve Your Boston [ci-dessous]. Il faut ensuite entrer dans l’application. Un chemin compliqué, qui désole Jeff Reifman de NewsCloud:

Une application communautaire Facebook est sans intérêt, si personne ne connaît son existence et son utilité.

L’intéressant avec une application est de pouvoir générer de la publicité, et donc ouvre la possibilité de monétiser son investissement, ce qui n’est pas possible lorsque l’on crée une page « fan » classique.  Toutefois, il faut ajouter qu’installer de la publicité dans une application sur Facebook se fait dans conditions restrictives [lire "Les règles publicitaires sur Facebook"] et qu’il est impératif de passer par l’une des entreprises agréées par la plateforme [lire la liste des entreprises agréées].

À l’usage, pour un développeur d’applications, Facebook s’avère relativement malaisé, en raison de son « instabilité » [Jeff Reifman dit : "the ever-changing Facebook application platform"]. Par exemple, explique-t-il, Facebook a désactivé unilatéralement le système de notifications qui avait été mis en place pour l’application. Il signalait aux internautes que quelqu’un avait commenté ou « aimé » leur statut/article ou leur commentaire. Conséquence, Newscloud a dû construire son propre système d’alerte, mais celui-ci ne fonctionne que si l’internaute « se rend régulièrement sur l’application ou choisit de recevoir les notifications par email ».

Autre problème soulevé par Jeff Reifman: un certain nombre d’internautes qui ne sont pas sur Facebook, parce qu’ils ne souhaitent pas partager leurs données personnelles, hésitent à s’enregistrer sur une application… qui est sur Facebook.

Mais, les difficultés viennent aussi des éditeurs. En effet, créer une application interactive implique une approche nouvelle de leur part, comme l’analyse Jeff Reifman: les éditeurs de sites ont tendance à dupliquer leur site, afin que leur site (ou application) communautaire ressemble le plus possible au site d’origine. C’est une erreur, dit-il, car « un site communautaire est différent d’un site d’information : il devrait afficher et mettre en valeur le meilleur du contenu généré par les internautes. D’autre part, si le site communautaire est une ‘copie carbone’ du site d’information, les lecteurs ne comprendront pas l’intérêt du site communautaire et comment ils peuvent participer. »

Créativité et commentaire

Pourtant en dépit de ces défauts, Facebook reste une plateforme très intéressante et pratiquement tous les sites ont créé leur page sur le réseau social. Ce dernier a d’ailleurs publié un classement international [le détail de ce classement ici] dans lequel on trouve en quatrième position Le Monde [189.600 fans] avec, note Facebook, « des sections quiz intéressantes sur différents sujets actuels comme celui sur l’information Actu Quiz, qui offre aux likers l’occasion de gagner des prix », et en cinquième position L’Équipe [205.000 fans], « qui offre une page enrichie avec des quiz, des jeux et des pages thématiques additionnelles comme: Sport & Style, la radio RTL de L’Équipe, L’Équipe Mag, qui permettent d’attirer les likers. »

La création de pages par les sites sur Facebook offre un grand nombre d’avantages, en particulier:

  • l’élargissement de la « cible » du média concerné, les membres de Facebook étant en moyenne plus jeunes et plus féminins que les internautes « classiques »,
  • une grande « viralité » [diffusion virale] aux contenus mis sur la page grâce aux outils de partage,
  • une « interactivité naturelle, car il est possible facilement à tout un chacun de commenter, de « liker » les articles et commentaires, etc.

Ces pages offrent aussi une formidable opportunité aux services marketing des médias, car elles leur permettent d’étudier sur une base autrement plus fine et « vraie » que celle du site, les utilisateurs Facebook ((lire par exemple cet article de Mashable sur l’utilisation des données personnelles par les services de marketing)).

Mais… la création d’une page ne saurait être la simple réplique du site, ne serait-ce que parce qu’une page Facebook [un défaut que n'a pas l'application Your Boston décrite plus haut] se présente comme un blog, avec toutes les caractéristiques de ce type de publication, en particulier un empilement des articles, le dernier publié étant en tête. C’est un flux, sans hiérarchie. Surtout, il n’est pas possible de publier autant d’articles sur la page que sur le site sous peine d’être contreproductif, car alors on sature le mur des personnes qui « aiment » la page ((Je ne développe pas; on peut trouver des principes de publications pour une page par exemple ici)).

Pour ces raisons, Julien Osofsky, directeur de la division médias et Julien Codorniou, directeur des partenariats, ont expliqué le 28 juin, que le but des publications sur une page Facebook n’était pas de délivrer de l’information, mais d’abord de créer de l’interactivité et de générer du commentaire.

Alors que les publics sont différents, que leurs comportements sont dissemblables, que les contenus ne se recouvrent pas strictement, lors du MeetUp du 28 juin, les responsables de Facebook, ont insisté sur la possibilité qui était offerte de « synchroniser la conversation [c'est-à-dire les commentaires] sur le site et la page ». En France Le Journal du Net a implémenté cette solution, mais problème, il semble qu’elle ne fonctionne pas très bien. Les commentaires du site restant sur le site et n’apparaissant pas sur la page, et inversement, comme le montre les deux captures d’écran ci-dessous prises pour un même article, Bientôt une enquête antitrust contre Google aux États-Unis ? Précision: “j’aime” le Journal du Net.


Dernier point, Facebook permet de générer du trafic sur un site, et cela peut-être considérable, comme le montre l’infographie ci-dessous reprenant les principaux sites de presse français. Elle montre le pourcentage de trafic via Facebook entrant sur les sites [ce graphique a été réalisée avec les données collectées par Alexa].

Cette possibilité de générer du trafic sur Facebook fut une des principales questions abordées lors du MeetUp du 28 juin, et c’est l’objet des social plugins que propose le réseau social. Ce dernier offre toute une palette de boutons et de box. Jusque il y a peu, le bouton « Share« , était le plus implémenté sur les sites. Son développement est aujourd’hui abandonné et les responables de Facebook considèrent aujourd’hui que les sites doivent passer à une autre étape et privilégier les boutons « Like » ou « Recommend ».

Ce changement de dénomination suppose, un engagement plus fort de l’internaute vis-à-vis du contenu qu’il partage avec ses amis. Le fait de cliquer sur ces boutons permet aussi de créer un lien vers le site et d’améliorer la visibilité du contenu « liké » dans les moteurs de recherche..


Billet intialement publié sur Mediatrend sous le titre “Facebook un environnement instable pour les sites
Crédits Photo FlickR CC by-nc kerryj.com

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